Monumenta 2010, Boltanski : Ame sensible s’abstenir

 

 
Christian Boltanski, « Vitrine de référence, 1971

                                           Christian Boltanski dans la nef du Grand Palais pendant le montage de « Personnes », (Reuters)

 Je n’ai pas visité l’instalation monumentale de christian Boltanski, et..je n’irai pas me geler sous la nef du Grand Palais à Paris, transformée en immense lieu de commémoration visuelle et sonore, pour subir un choc physique et psychologique. J’ai interviewé quelques visiteurs téméraires à la sortie : une jeune femme n’a pas supporté, « c’est trop oppressant! ». un jeune homme : « C’est angoissant de voir ce tas de vêtements usagés, hapés par une immense grue et d’entendre le bruit sourd de coeurs battants ;  mais c’est calme et finalement presque apaisant, ce qui est paradoxal ! » Donc, je ne vais pas me rendre malade, même si j’admire cet artiste contemporain fondamental.

 En effet, ce bonhomme plein d’humour (voir son interview dans Libération du 30 janvier), bon vivant, aimant la bonne chère et la vodka, etc, contraste avec ses oeuvres présentes dans la collection du Centre Georges Pompidou et dans celle du Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne. Sa joie de vivre semble exacerbée par son obsession  de la Shoha, la peur, la conscience de la fragilité de chaque vie humaine. L’énorme tas de vêtements  rappelle ceux des camps de concentration pendant l’holocauste. La question « Que reste-t-il de chaque individu après sa mort ? » est le fil conducteur du travail plastique de l’artiste depuis toujours. Il nous fait ainsi prendre conscience de l’importance de chaque vie humaine, aussi modeste soit-elle. Il pointe tous les génocides contemporains.

Ses installations nous forcent à prendre conscience de la valeur toute vie humaine. Christian Boltanski est un humaniste contemporain bon vivant ! A l’opposé d’Andy Warhol, il ne met en scène aucun personnage célèbre.

Je préfère ses petites installations, déjà très émouvantes! Il tire des individus ordinaires de leur anonymat, chacun ayant sa destinée singulière. Il reste de chaque défunt quelques photos jaunies, quelques vêtements, et objets personnels qui commémorent son existence.

A propos Françoise Delaire

historienne de l'art
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