Sturtevant au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris : Pas facile !

Déjà, le nom de cette artiste n’est pas connu du public ordinaire, même cultivé !  De plus, le titre en anglais non traduit
« The Razzle Dazzle of Thinking » peut rebuter les personnes qui ne sont pas des cracks en british ! Et je ne peux m’empêcher de penser à la remarque d’Alexis Jakubowicz dans son billet sur le blog En toutes subjectivités de Libération : « La plupart des gens vivent l’art contemporain comme une agression intellectuelle et sociale » Bon, j’ai un master d’histoire de l’art, j’ai lu l’article de Stéphanie Moisdon dans Beaux Arts Magazine n° 308 de février 2010 ; je suis curieuse…Je me lance ! Ce soir là, le public est constitué  d’étudiants en arts plastiques, un crayon et un bloc-notes à la main.

Felix Gonzalez-Torres, Rideau d'ampoules allumées, 1996

Oui, l’installation intitulée Gonzalez-Torres Untitled (America), 2004 est remarquable ! Mais, est-ce une oeuvre d’Elaine Sturtevant ou l’oeuvre du créateur d’origine réinstallée selon ses propres consignes ? En tous les cas, je suis sensible à l’aura de l’oeuvre qui n’a pas disparu. Voyez la photo de l’installation du « vrai crateur » dans le même lieu, au MAM de la ville de Paris, en 1996. On ne voit pas la différence. Et c’est ça qui est terrible !

L »installation 1200 sacs au plafond avec ready made de 1972, sorte de rétrospective Marcel Duchamp est impressionnante ! Dans une ambiance oppressante à cause des sacs de charbon qui menacent de nous tomber dessus, nous pouvons admirer, rassemblés , Le Porte-bouteilles, La Fontaine, La Bicyclette sur un escabeau, La Joconde L.H.O.O.Q… C’est sympa ! Mais, malgré les explications du catalogue de l’exposition, où il est fait référence à Michel Foucault et Gilles Deleuze qu’il va falloir relire – comme on dit – je ne comprends pas l’intérêt plastique de cette démarche !

Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier, 1912

Ah oui ! Sturtevant est une critique d’art-artiste, particulièrement perspicace, car elle a répliqué des oeuvres qu’elle trouvait emblématiques, mais avant que ces artistes soient reconnus ! Certes, elle a été clairvoyante ! Mais, c’est compliqué…. Et puis, il y a tout de même un certain nombre d’années de décalage ; alors, je ne suis pas tout à fait convaincue.

En revanche, la projection murale Duchamp Nu descendant l’escalier  de 1967 est une interprétation très esthétique et très émouvante du tableau de 1912. Et le train fantôme The House of Horrors de 2010 est une vraie attraction artistiquement intelligente.

Sturtevant, Duchamp Nu descendant l'escalier, 1967

En conclusion, mon opinion est partagée…

J’aime et je n’aime pas. Elaine Sturtevant a créé peu d’oeuvres originales mais son esprit critique et son savoir faire sont remarquables. L’expo « Sturtevant, la pensée tape à l’oeil » (traduction de la commissaire Anne Dressen) présente plus une démarche très bien expliquée par la critique d’art Stéphanie Moisdon : « Sturtevant cherche à se soustraire au processus créatif…Cet empêchement, cette suspension du plaisir, suspend la jouissance, la porte aux limites de la frustration, d’un forme de violence. » C’est exactement ce que j’ai ressenti !

A propos Françoise Delaire

historienne de l'art
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